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Les figurations d’Abraham sur les vitraux en France
en illustration des textes bibliques
Suite
Certains vitraux ne sont pas directement rattachables à un texte précis et sont donc
en marge de l’histoire d’Abraham
En 1290, l’immense baie 100 est mise en place à Dol-de-Bretagne dans la
cathédrale Saint-Samson: la deuxième lancette à partir de la gauche est consacrée
à Abraham (l’édifice abrite une relique du chêne de Mambré) et à côté de scènes
déjà mentionnées ci-desus, on trouve:
« Abraham prie devant une ville, avec un ange et la main divine»
En 1967, dans l’église Notre-Dame de Caudebec-en-Caux, la regrettée Jeannette
Weiss-Gruber représente Sarah avec son fils Isaac (qui est aussi celui d’Abraham mais
sans la présence de celui-ci) sur la baie 0. La Bible ne fait pas état de l’épisode et
pourtant!
On trouve sur la baie 208 de la basilique Saint-Remi de Reims en 1185 Abraham avec
un sabre au-dessus de l’évêque Hincmar: le père du monothéisme au-dessus du
« père » de la cathédrale de Reims.
Enfin, il y a lieu de parler de l’Arbre de Jessé.
Le nom de Jessé n’apparaît qu’une fois dans l’Ancien Testament chez Isaïe (IS11,1).
« Puis un rameau sortira du tronc de Jessé et un rejeton naîtra de ses racines ».
Les chanoines et les artistes ont complété cette courte phrase avec la généalogie du
Christ dans les évangiles de saint Matthieu et de saint Luc dans leur « Généalogie de
Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham »
L’arbre de Jessé est représenté de façon innombrable et assez spectaculaire sur les
vitraux en particulier au XVIème siècle mais y figurent, en général, des rois avec
surtout David (et sa lyre) et Salomon.
Comme tous les vitraux ne comportent pas des phylactères (lisibles), il est possible
qu’Abraham y apparaisse sans être reconnu.
Mais, surtout, la lecture des évangiles (par un théologien, merci à lui!) révèle que
Jessé (Isaï dans la Bible de Louis Segond) est un lointain descendant d’Abraham (et
d’Isaac) et donc Abraham n’a pas sa place dans la descendance de Jessé.
Il existe un vitrail (splendide arbre de Jessé) de 1518 situé à Troyes dans l’église
Sainte-Marie-Madeleine sur la baie 2 avec les deux protagonistes du sacrifice d’Isaac.
Mais Abraham apparait également dans le Nouveau Testament dans l’Évangile
selon saint Luc
Le nom d’Abraham apparaît en effet, en dehors du récit vétéro-testamenaire, dans la
représenation du «Sein d’Abraham», sur plusieurs vitraux du 1er quart du XIIIème
siècle. Cette référence n’existe donc que dans le nouveau testament à propos de
Lazare et du mauvais riche (Évangile de Luc, chap 16.19-31) et il représente une
récompense dans l’au-delà : les justes viennent se situer près d’Abrahm et par
extension se loger dans son giron.
L’origine se trouve dans le milieu juif du Second Temple.
En l’assortisssant d’un point d’interrogation, le Corpus Vitrearum mentionne la
possibilité de la figuration d’Abraham sur la rosace nord de la cathédrale Notre-
Dame de Paris, avec une date de création approximativement contemporaine de la
cathédrale de Troyes: beaucoup d’éléments de ce médaillon sont des
restaurations.
Les caractères «AM» diffèrent nettement des autres lettres et correspondraient
probablement à «AbrahAM»
Il s’agit d’une autre représentation du Paradis sous le forme d’une tour alvéolaire,
une «Jérusalem céleste alvéolaire» (Jérôme Baschet).
On peut la trouver, notammment, sur les fresques de l’église de Saint-Jacques-
des-Guérets sans la présence d’Abraham (?): le vitrail de Notre-Dame-de-Paris
associerait Abraham et la cité céleste alvéolaire.
Sur la rose de la collégiale de Mantes-la-Jolie, on trouve cette cité céleste mais
saint Pierre en est le portier avec ses clefs.
Le sein d’Abraham figure aussi sur la baie 143 (Rose occidentale) du Jugement
dernier de la cathédrale Notre-Dame de Chartres où il accueille les élus tout
comme sur la baie 4 de la cathédrale Saint-Étienne de Bourges (Le Jugement
dernier)
On le trouve aussi dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes de
façon peu visible (sur le triforium derrière une colonne) sur la baie 112 (mais
originellement sur la baie 109) et, aussi, sur la rosace de la collégiale Notre-Dame
de Mantes-la-Jolie.
Sur la baie 23 de la cathédrale Saint-Étienne de Bourges, Lazare est récompensé en
rejoignant le sein d’Abraham tout comme l’est Marie l’Égyptienne sur la baie 21
voisine.
Ces textes montrent un personnage parfois héroïque (son combat contre les rois
pour sauver Lot), parfois lâche devant Pharaon et Abimélec (et même Saraï) et il
fait l’apprentissage du dépouillement (pour suivre le titre d’André Wénin):
il quitte sa zone de confort en se séparant de sa famille, il abandonne à Lot ce qui
semblait être les meilleures terres, il laisse une partie de son anatomie et
sacrifierait son fils bien-aimé si longtemps attendu.
Sa foi vacille et se renforce avec la constance de Dieu à son égard, jusqu’à
accepter de couper la branche sur laquelle s’étayait l’Alliance ce qui en fait un
modèle de soumission pour l’Islam.
Dieu le fait patriarche avec sa multiple descendance.
Il devient aussi un prophète dont l’attitude enseigne.
Les différents vitraux le révèlent aussi complexe que les textes bibliques le
décrivent…et probablement plus humain et attachant.
Denis Krieger le 2 septembre 2026